https://site-catholique.fr/?Sermon-de-Noel-de-Mgr-Marcel-Lefebvre-le-25-decembre-1977
''Msgr Lefebvre. ...
+L 1977
https://archive.org/details/siri-renovatio-1967-02-02/page/194/mode/1upTraduit de l'Italien;
la vraie Version est disponible : La Pensé Catholique, Les Editions du Cèdre, 1967
https://www.abebooks.fr/PENSEE-CATHOLIQUE-CAHIERS-SYNTHESE-N%C2%B0107-S.E/8135883399/bd[LA PENSEE CATHOLIQUE. CAHIERS DE SYNTHESE N°107. S.E. Mgr MARCEL LEFEVRE: L'AUTORITE DANS LA FAMILLE ET DANS LA SOCIETE CIVILE AU SERVICE DE NOTRE SALUT/
31 Euro$.
English available here:
https://www.cathinfo.com/the-library/abp-marcel-lefebvre-'authority-in-familysociety'-(1967-renovatio-card-siri)/Par Son Excellence Mgr. Marcel ...
Dans une allocution publique récente, en octobre dernier, le Saint-Père Paul VI a mis en garde contre l'interprétation erronée de certaines déclarations du Concile concernant la dignité de la personne humaine, une interprétation qui pourrait conduire à un déni de l'autorité et au mépris de l'obéissance.
Les nombreux événements dont nous avons été témoins depuis le début du Concile, qui illustrent les conséquences de cette fausse interprétation, justifient les craintes du Saint-Père.
Ne sommes-nous pas choqués par les révoltes ouvertes de certains groupes de l'Action catholique contre les évêques, des séminaristes contre leurs supérieurs, des prêtres, des moines et des moniales qui manifestent contre l'autorité, la rendant impossible à exercer ?
La dignité humaine, l'exaltation de la conscience personnelle, devenue règle fondamentale de la morale, et les charismes individuels ne sont que des prétextes pour réduire l'autorité à un principe d'unité impuissant. Comment ne pas condamner cette effervescence, prélude à la rébellion, à l'introspection libre, source de grands malheurs au cours des siècles passés ?
Il semble plus opportun que jamais de clarifier le véritable concept d'autorité et, à cette fin, de démontrer les bienfaits voulus par la Providence dans les deux sociétés naturelles de droit divin, qui exercent une influence primordiale sur chaque individu : la famille et la société civile.
Il convient de rappeler que l'autorité est la cause formelle de la société. Son but est donc de gouverner, d'orienter tout ce qui tend vers la cause finale de la société, à savoir le bien commun de tous ses membres. Puisque ces derniers sont des êtres intelligents, l'autorité orientera nécessairement leur activité vers le but commun par des directives ou des lois, dont elle contrôlera l'application, punissant ceux qui s'y opposent.
Page 185 (7/166)
Le sujet de l'autorité sera désigné de multiples façons, mais le pouvoir dont il disposera, c'est-à-dire la capacité de juger autrui, est toujours une participation à l'autorité de Dieu.
Comme les sociétés sont nombreuses, les formes d'autorité peuvent être très diverses, mais elles n'empêcheront jamais l'autorité d'être d'origine divine : « Il n'y a point de pouvoir qui ne vienne de Dieu » (Saint Paul aux Romains, XIII, 1), « Tu n'aurais aucun pouvoir sur Moi s'il ne t'avait été donné du Ciel », dit Notre Seigneur à Pilate (Saint Jean, XIX, 11).
Dans son traité philosophique (T. IV, 384), Jolivet décrit ainsi l'origine première de l'autorité :
« Dieu seul possède le droit absolu de commander, car un tel droit, qui consiste à contraindre la volonté d'autrui, ne peut appartenir qu'à Celui qui donne l'être et la vie. De plus, Dieu est « la loi vivante » car Il est le principe premier de tout ce qui est. Il s'ensuit que toute autorité, dans toute société, ne peut s'exercer qu'au nom d'une délégation divine ; tout dirigeant investi d'un pouvoir légitime est le représentant de Dieu.
L'autorité a pour but le bien commun des membres, et les membres eux-mêmes aspirent à ce bien ; il ne devrait donc y avoir aucune divergence entre l'autorité et les sujets, puisqu'ils poursuivent le même but. Il ne devrait pas y avoir, en soi, d'opposition entre dirigeant et sujet, entre autorité et liberté.
C'est lorsque l'autorité ne recherche pas le véritable bien commun ou lorsque le sujet place son propre intérêt avant le bien commun que le désaccord surgit. Jusqu'à preuve du contraire, l'autorité légitime et prudente est juge du bien commun, et les sujets doivent se soumettre a priori à ce jugement. Laisser le jugement personnel prévaloir sur celui de l'autorité légitime, c'est la destruction de la société. Se soumettre aux directives de l'autorité légitime, c'est exercer la vertu d'obéissance, dont Notre Seigneur nous a donné un exemple émouvant en sacrifiant sa vie par obéissance : « Obediens usque ad mortem, mortem autem crucis ».
Saint Pie X écrivait dans la lettre « Notre Mission Apostolique » du 25 août 1910 : « Toute société humaine, composée de créatures indépendantes et inégales par nature, n'a-t-elle pas besoin d'une autorité pour orienter son activité vers le bien commun et en imposer la loi ?… Peut-on affirmer, ne serait-ce qu'un peu, qu'il y a incompatibilité entre autorité et liberté, à moins de se méprendre gravement sur le concept de liberté ? » On peut enseigner que l'obéissance est contraire à la dignité humaine et que l'idéal serait
Page 186
de se conformer à la religion, à la tradition et à la coutume. Les hommes accepteraient-ils « l'autorité » ? Peut-être l'apôtre Paul n'envisageait-il pas la société humaine dans toute sa complexité lorsqu'il exhortait les fidèles à se soumettre à l'autorité ? Un État religieux fondé sur l'obéissance est-il contraire à l'idéal de la nature humaine ? Les saints, les plus obéissants des hommes, étaient-ils pour autant des esclaves et des dégénérés ?…
Il est donc évident que l'autorité est la pierre angulaire de toute société.
Les bienfaits de l'autorité au sein de la famille.
S'il est une période de la vie humaine où l'autorité joue un rôle primordial, c'est bien celle qui s'étend de la naissance à l'âge adulte. La famille est une institution merveilleuse au sein de laquelle l'homme reçoit la vie, une vie si conditionnée qu'il aura besoin d'une longue éducation, d'abord dispensée par les parents, puis par ceux qui contribuent à cette éducation, initialement choisis par les parents.
L'enfant reçoit tout de son père et de sa mère : la nourriture physique et intellectuelle, l'éducation religieuse, morale et sociale est dispensée par des enseignants qui, aux yeux des jeunes, partagent l'autorité de leurs parents. Il est vrai, cependant, que la quasi-totalité des connaissances acquises à l'adolescence, qu'elles proviennent des enseignants ou des parents, sont davantage apprises, reçues et acceptées que celles acquises par l'intelligence et le raisonnement. Les élèves font confiance à leurs parents, à leurs enseignants et aux livres, ce qui contribue à l'expansion et à la multiplication de leurs connaissances.
La science elle-même, celle qui permet d'expliquer les connaissances acquises, est très limitée. Si l'on considère l'enfance et la jeunesse à travers l'histoire de l'humanité, on constate que l'autorité qui enseigne joue un rôle encore plus important que la simple démonstration des connaissances acquises. Dans l'enseignement supérieur, les jeunes apprennent certainement de manière plus personnelle et s'efforcent de comprendre les matières aussi profondément que leurs professeurs.
Mais l'étendue des connaissances requises aujourd'hui permet-elle aux étudiants d'approfondir les tests et les expériences ? De plus, de nombreuses disciplines, comme l'histoire, la géographie, l'archéologie et l'art, ne peuvent reposer que sur la confiance accordée aux enseignants et aux livres. Cela est d'autant plus vrai pour la connaissance religieuse, la pratique religieuse et l'exercice de la morale.
page 187
En général, les gens vivent selon la religion transmise par leurs parents. La conversion à une autre religion se heurte à un obstacle majeur : la rupture avec la religion ancestrale.
L'être humain reste toujours sensible à l'appel de la religion maternelle. Soulignons également l'importance de l'éducation dispensée par la famille et par tous les enseignants qui la complètent. Rien n'est plus profondément enraciné en l'individu que les traditions familiales.
Et cela est vrai partout dans le monde.
Cette influence extraordinaire de la famille, de l'environnement et de l'éducation est providentielle. Elle est voulue par Dieu. Il est normal que les enfants conservent la religion de leurs parents, tout comme il est normal que toute la famille se convertisse lorsque le chef de famille se convertit. Cet exemple est souvent donné dans l'Évangile et dans les Actes des Apôtres.
Dieu a voulu que ses grâces soient transmises à l'humanité principalement par la famille. C'est pourquoi il a conféré au père de famille cette grande autorité qui lui donne un immense pouvoir sur toute la cellule familiale, sa femme et ses enfants. Plus grands sont les biens à transmettre, plus grande est l'autorité.
À sa naissance, l'enfant est si faible, si imparfait, on pourrait même dire si incomplet, que de là nous vient la nécessité et l'indissolubilité de la famille.
Vouloir exalter la personnalité et la conscience personnelle de l'enfant au détriment de l'autorité familiale, c'est rendre les enfants malheureux, les pousser à la rébellion et au mépris de leurs parents, alors qu'une longue vie est promise à ceux qui honorent leurs parents.
Bien sûr, saint Paul demande aux parents de ne pas provoquer la colère de leurs enfants, mais il ajoute : éduquez-les dans la discipline et la crainte de Dieu (Ég. 6, 4).
Nous nous égarons du chemin tracé par Dieu si nous affirmons que la vérité seule, avec sa force et sa lumière, doit révéler aux hommes la vraie religion, alors qu'en réalité Dieu a prévu que la religion soit transmise par les parents et des témoins dignes de la confiance de ceux qui les écoutent. S'il fallait attendre de comprendre la vérité religieuse avant de croire et de se convertir, il y aurait très peu de chrétiens aujourd'hui.
Nous croyons aux vérités religieuses parce que les témoins sont dignes de confiance en raison de leur sainteté, de leur altruisme et de leur charité. Nous croyons à la vraie religion parce qu'elle satisfait les aspirations les plus profondes de l'âme humaine, notamment en offrant une Mère divine, Marie ; un Père visible, le Pape ; et une nourriture divine, l'Eucharistie.
page 188
Notre Seigneur n'a pas demandé à ceux qu'Il a convertis s'ils comprenaient, mais s'ils croyaient. La foi vivante donne l'intelligence, comme le dit saint Augustin.
Il est clair que, dans le cas de la cellule familiale, dès le premier instant de la vie humaine, les bienfaits de l'autorité sont immenses et indispensables, et qu'elle constitue la voie la plus sûre vers une éducation complète préparant à la vie en société et au sein de l'Église. Il va de soi qu'il ne faut pas oublier l'aide considérable que l'Église apporte à la famille, aide indispensable à la vie chrétienne et à l'épanouissement humain. Mais viendra le temps où la famille devra se retirer et laisser place à deux sociétés, la société civile et l'Église : il est si évident que, même instruits, les êtres humains sont incapables de vivre et d'accomplir leur vocation terrestre sans le soutien des deux.
Bienfaits de l'autorité dans la société civile
Peut-on affirmer qu'une fois adulte, l'homme n'a plus besoin d'aide pour continuer à progresser dans ses connaissances, à maintenir sa vertu et à remplir son rôle dans la société ? Si la cellule familiale a accompli sa mission essentielle, il est clair que la société civile et l'Église demeurent les moyens normaux pour subvenir aux besoins de l'homme : l'une, le soutien spirituel ; l'autre, le cadre social propice à une vie vertueuse, orientée vers la fin ultime, vers laquelle toute chose sur terre est ordonnée par la Divine Providence.
À cet égard, il convient de rappeler, conformément à l'enseignement traditionnel de l'Église et de tous les papes du siècle dernier : l'État et la société civile ont un rôle important à jouer auprès des citoyens, en les aidant et en les encourageant dans la foi et la vertu. Il ne s'agit nullement de contraindre l'individu dans sa pratique de la foi, ni dans sa conscience, dans ses actes intérieurs et privés. C'est une mission naturelle de la société civile, voulue par Dieu pour aider les hommes à atteindre leur fin ultime.
Léon XIII déclare dans l'encyclique Libertas :
« En effet, la société humaine, qu'on la considère dans ses composantes, dans l'autorité qui en est le principe formel, dans la finalité qui la régit ou dans les grands bienfaits qu'elle apporte à l'homme, il ne fait aucun doute qu'elle vient de Dieu. »
Pie XI déclare à son tour (Divini Redemptoris) : « Mais Dieu a aussi ordonné l'homme à la société civile, requise par sa nature même. Dans le plan du Créateur, la société est un moyen naturel que l'homme peut et doit utiliser pour atteindre sa fin, puisque la société humaine est pour l'homme, et non l'inverse. »
Et encore (Ad salutem) : « Les princes et les dirigeants, ayant reçu le pouvoir de Dieu, s'efforcent, dans les limites de leur propre autorité, d'accomplir les desseins de la Divine Providence, à laquelle ils sont collaborateurs. Non seulement ils ne doivent rien faire qui puisse être préjudiciable aux lois de la justice et de la charité chrétienne, (...) les chrétiens sont tenus de faciliter la connaissance et l'acquisition des biens impérissables pour leurs sujets. »
Pie XII dit également (11 juin, 1950? ) : « Le bien ou le mal des âmes dépend de la forme donnée à la société, qu'elle soit conforme ou non aux lois divines, c'est-à-dire que les hommes, tous appelés à être vivifiés par la grâce du Christ, respirent, dans les contingences terrestres du cours de la vie, l'air sain et vivifiant de la vérité et des vertus morales ou, au contraire, le microbe morbide et souvent mortel de l'erreur et de la dépravation. »
Le Père Jolivet (Traité de Philosophie, T. IV, Morale n° 435) conclut très clairement son étude sur l'origine du pouvoir dans la société civile :
« Quel que soit le point de vue adopté pour rechercher la cause efficiente de la réalité sociale, la doctrine de l'origine naturelle de la société implique ce principe essentiel : la société politique, unissant de façon permanente des groupes particuliers de familles et d'individus en vue d'un bien commun temporel, est une institution voulue par Dieu, auteur de la nature. » Autrement dit, elle relève du droit naturel. Il s'ensuit que le pouvoir de gouverner relève également du droit naturel divin.
L'auteur complète son propos en expliquant la finalité de la société civile, ou de l'État :
« Il s'agit de réduire significativement la fonction générale de l'État, de promouvoir une conception purement matérialiste du bien-être temporel. Le bonheur temporel dépend largement des vertus intellectuelles et morales des citoyens et de la moralité publique, c'est-à-dire du développement harmonieux de toutes les activités morales et spirituelles humaines, et au premier chef, de la vie religieuse de la nation. Il est également du devoir de l'État, sans pour autant négliger aucune de ses fonctions économiques, de s'efforcer de créer les conditions les plus favorables à la prospérité morale et spirituelle de la nation. Cette tâche comporte un aspect à la fois négatif et positif… Il convient d'insister sur ce lien entre les fonctions temporelles de l'État. » C'est là que réside la clé de nombreux problèmes qui préoccupent aujourd'hui les gouvernements et l'Église elle-même : les problèmes de
page 190
justice sociale, le problème de la faim, de la paix, le problème de la contraception, etc. Aborder ces problèmes en dehors d'une perspective catholique est illusoire. Nous pouvons tenter d'apaiser temporairement certains troubles, de résoudre certains problèmes locaux, mais nous n'atteindrons jamais la racine des maux de l'humanité.
Il faut répéter sans cesse ce que l'Église a toujours proclamé :
' la solution aux problèmes sociaux se trouve dans le règne social de Notre Seigneur Jésus-Christ, tel qu'il est connu et enseigné par l'Église catholique.' « Sans moi, vous ne pouvez rien faire », dit Notre Seigneur (Jean 15, 5).
Si nous énumérons les fléaux actuels de la société, nous constaterons immédiatement que leurs origines résident dans le désordre et les erreurs des gouvernements et souvent aussi dans celles de nombreux membres de la société.
Chercher à instaurer la justice sociale entre travailleurs et employeurs sans les principes de la justice chrétienne, c'est s'orienter soit vers un capitalisme totalitaire, une hégémonie financière et technocratique mondiale, soit vers un totalitarisme c0mmuniste. Faire du bien-être matériel le seul but de la société civile et de l'activité sociale, c'est progresser rapidement vers la décadence, conséquence de l'immoralité et de l'hédonisme.
En matière de mariage et de tout ce qui s'y rapporte, seule la doctrine catholique préserve véritablement cette institution, fondement de la société civile, qui est par conséquent la plus touchée ; le divorce, la contraception, l'homos*xualité et la polygamie sont des fléaux mortels pour la société. Seule l'Église offre de véritables remèdes.
Les relations sociales entre administrateurs, entre l'État et ses citoyens, le véritable amour patriotique et les relations internationales sont intimement et profondément liés à la religion ; et seule la religion catholique fournit les principes de justice, d'équité et de dignité humaine conformes à la vie telle que Dieu l'a voulue et l'a toujours voulue.
L'éducation et les moyens de communication social aujourd'hui sont étroitement liés et continuent des liens à une morale intègre, à la vertu comme au vice, et par conséquent à la vraie religion.
N'admettre que toutes les religions, hormis la vraie religion catholique, entraînent avec elles des adeptes de maux sociaux qui font honte à l'humanité, relève de l'ignorance, réelle ou feinte. Pensons au divorce, à la polygamie, à la contraception et à l'amour libre au sein de la famille; considérons aussi les deux tendances qui ruinent la société : une tendance révolutionnaire, destructrice de l'autorité,
page 191
une tendance démagogique, source de désordre constant, fruit d'un examen de conscience libre; et une tendance totalitaire et tyrannique qui érige les individus ou le parti au pouvoir en fondement de la loi.
Une liberté religieuse érigée en fondement du droit public en vertu d'un prétendu droit naturel, et une exaltation de la conscience individuelle allant jusqu'à légitimer l'objection de conscience, sont contraires au bien commun. C'est ce que le Magistère de l'Église a toujours enseigné comme doctrine immuable.
L'histoire des derniers siècles illustre clairement cette réalité.
Il est donc inconcevable que les gouvernements Catholiques se désintéressent de la religion ou tolèrent, par principe, l'indifférence religieuse dans la vie publique. Ce serait manquer à la finalité de la société, à l'importance capitale de la religion dans la sphère sociale et à la différence fondamentale entre la vraie religion et les autres en matière de morale, élément crucial pour la réalisation de la finalité temporelle de l'État.
Telle est la doctrine que l'Église a toujours enseignée. Elle confère à la société un rôle essentiel dans l'exercice de la vertu par les citoyens et, par conséquent, indirectement, dans l'obtention du salut éternel. La foi est une vertu fondamentale qui conditionne toutes les autres. Il est donc du devoir des gouvernements catholiques de protéger la foi, de la soutenir et de la promouvoir, notamment dans le domaine de l'éducation. Nous ne pouvons manquer d'insister sur le rôle providentiel de l'autorité étatique pour aider et soutenir les citoyens dans leur quête du salut éternel.
Toute créature sur terre a été et demeure ordonnée à cette fin. Les sociétés – la famille, la société civile, l'Église, chacune à sa place – ont été créées par Dieu dans ce but. En effet, il est indéniable que l'expérience de l'histoire des nations catholiques, de l'Église et des conversions à la foi catholique démontre si clairement le rôle providentiel de l'autorité civile qu'il faut légitimement affirmer que son rôle dans le salut éternel de l'humanité est primordial, voire prépondérant. L'homme est faible, le chrétien est hésitant. Si l'ensemble de l'appareil et du conditionnement social de l'État est laïque et athée,
page192
et plus encore persécuteur de l'Église, qui osera dire qu'il est facile pour les non-catholiques de se convertir et pour les catholiques de rester fidèles ?
Aujourd'hui plus que jamais, avec les moyens modernes de communication sociale, avec la multiplication des relations sociales, l'État a une influence considérable sur le comportement des citoyens, sur leur vie intérieure et extérieure, par conséquent sur leur attitude morale et finalement sur leur destinée éternelle. Cela est malheureusement vrai pour ceux qui sont intellectuellement, moralement et économiquement plus faibles. Il serait criminel d’encourager les États catholiques à se séculariser, à se désintéresser de la religion, à laisser indifféremment se propager l’erreur et l’immoralité et, sous le faux prétexte de la dignité humaine, à introduire un ferment dissolvant dans la société.
Le Pape Pie XII a dit (Summi Pontificatus) : « La souveraineté civile, en effet, a été voulue par le Créateur, pour qu'elle règle la vie sociale selon les prescriptions d'un ordre immuable dans ses principes universels, qu'elle facilite à la personne humaine, dans l'ordre temporel, l'accès à la perfection physique, intellectuelle et morale et qu'elle l'aide à atteindre le but surnaturel. »
Ainsi, qu'il s'agisse de l'autorité de la famille, de l'autorité de l'État ou de l'Église, on ne peut s'empêcher d'admirer le dessein de la Providence, de la Paternité divine qui nous donne l'existence, la vie surnaturelle, l'exercice des vertus et finalement la perfection et la sainteté à travers ces autorités. L'autorité est, en fin de compte, une participation à l'Amour Divin qui seul s'étend et se propage. L'autorité n'a d'autre raison d'exister que de répandre cette charité divine qui est vie et salut. Mais comme l’Amour de Dieu, il est exigeant par nature. En effet, l'Amour divin ne peut vouloir autre chose que le Bien et le Bien suprême est Dieu. Dieu, en nous donnant la vie qui est participation à son amour, nous oriente de manière décisive, oriente notre vie vers le Bien qu'Il nous indique, tant par notre nature et, plus important, à travers Ses porte-paroles et Ses intermédiaires, les lois positives.
Il nous y contraint, nous liant par Son Amour à la Bonté et à la vertu. Il dirige Son Amour à travers Ses lois, en ordonne l'application et nous menace si nous rejetons Son Amour, qui est notre Bien.
Il en va de même de l'autorité. Toute législation légitime est un véhicule de l'Amour divin ; toute loi appliquée n'est rien d'autre que l'expression de l'Amour de Dieu dans les actes et les actions, et donc une acquisition de la vertu.
page 193
Ces lois s'adressent à notre intellect et à notre volonté qui, malheureusement, peuvent refuser d'être les véhicules de l'Amour de Dieu. Des châtiments s'abattront sur ceux qui font obstacle à l'Amour, à la Vie, à la Bonté et, en définitive, à Dieu. L'autorité ne peut être conçue sans les pouvoirs de législation, de gouvernance et de justice. Ces trois manifestations sont résumées et synthétisées dans l'Amour divin, qui porte en lui sa manifestation, son exercice et sa sanction.
Puissions-nous, en conclusion de cette réflexion inachevée sur la grandeur de l'autorité dans le plan de Dieu, partager les sentiments de saint Paul et dire avec lui : (Éphésiens 2, 14-19) « Je fléchis les genoux devant le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, de qui procède toute paternité au ciel et sur la terre. »
page 194