Père Bruno est un prêtre Benedictin qui habite en France. 'Résistance', et travaille solo.
Marie Médiatrice (1)
Abbé Bruno, sermon du 25 janvier 2026
Dans l’histoire de la crise qui secoue la sainte Église depuis plus de soixante ans, la date du 4 novembre 2025 est certainement l’une des plus importantes, puisque Rome – en la personne de Léon XIV lui-même – a osé s’en prendre à la très Sainte Vierge, en prétendant lui retirer les titres de Corédemptrice et de Médiatrice de toutes grâces. Cela va très loin : attaquer Notre-Dame, c’est attaquer Notre-Seigneur ; refuser la Corédemption, c’est refuser la Rédemption, le vrai sens de la Rédemption, avec les notions de péché, d’expiation, de réparation, de satisfaction, de mérite, de sacrifice… autant de notions que les modernistes écartent ou du moins vident de leur sens. La Note doctrinale du 4 novembre touche au cœur de notre sainte religion. Elle sape notamment l’ensemble de la doctrine mariale et de la dévotion mariale. Pourquoi se consacrer à Marie selon la méthode proposée par saint Louis-Marie si la Sainte Vierge n’est pas la Médiatrice universelle ?
Nous ne perdrons pas de temps à réfuter les arguments – pseudo-arguments – du docuмent romain. Il nous suffira de citer le « docteur marial » qu’est justement saint Louis-Marie : « Jamais on n’honore plus Jésus-Christ que lorsqu’on honore plus la Très Sainte Vierge, puisqu’on ne l’honore qu’afin d’honorer plus parfaitement Jésus-Christ, puisqu’on ne va à elle que comme à la voie pour trouver le terme où on va, qui est Jésus. »
A la suite de bien d’autres saints, le père de Montfort répète l’ancien adage : « de Maria numquam satis ». Mot à mot : au sujet de Marie, (ce n’est) jamais assez. Saint Louis-Marie explique :
« On n’a point encore assez exalté, honoré, aimé et servi Marie. Elle mérite encore plus de louanges, de respects, d’amours et de services. »
L’Église a déjà proclamé quatre grands dogmes concernant Notre-Dame : sa maternité divine (5e siècle), sa virginité perpétuelle (6e siècle), son Immaculée Conception (19e siècle) et son Assomption (20e siècle). Elle n’a pas encore défini solennellement la Corédemption et la Médiation universelle. Mais nous verrons que ce sont des vérités qui appartiennent à la foi de l’Église, et qui auraient pu être définies au dernier concile si les révolutionnaires n’en avaient pas chassé le Saint-Esprit, faisant fuir du même coup celle qui est « l’Épouse du Saint-Esprit ».
La Corédemption et la Médiation sont deux aspects inséparables du même mystère, celui de la participation de Notre-Dame à l’œuvre de notre salut : Marie Corédemptrice a contribué à l’acquisition des grâces au pied de la Croix ; Marie Médiatrice participe à leur distribution du haut du Ciel. La Sainte Vierge est donc à la fois la Corédemptrice associée au Rédempteur et la Médiatrice associée au Médiateur.
Comme il faut bien distinguer, pour les exposer, ces deux aspects intimement liés, je commencerai par la Médiation universelle. Réfléchissons d’abord à la façon dont la notion de médiation s’applique d’une part à Notre-Seigneur, d’autre part à Notre-Dame.
Le médiateur, d’une façon générale, c’est celui qui se tient au milieu (en latin : medium, qui a donné médiation, médiateur, médiatrice) de deux parties désunies pour les réunir. L’action du médiateur consiste en un double mouvement, puisqu’il présente à chaque partie ce que l’autre partie veut lui offrir.
Notre-Seigneur, qui est l’Homme-Dieu, qui réunit donc en sa personne divine la nature humaine et la nature divine, est bien au milieu entre Dieu et l’homme pour les réunir : le péché les a désunis, toute la raison d’être de Notre-Seigneur est de les réunir. Voilà pourquoi la foi nous enseigne que Jésus est notre Médiateur auprès du Père. – Son action médiatrice comporte deux aspects (le double mouvement dont nous venons de parler) :
– D’une part, il nous offre ce que Dieu désire nous donner, il fait descendre sur nous les bienfaits que Dieu veut nous accorder : c’est la médiation « descendante ».
– D’autre part, il présente à son Père ce que nous voulons lui offrir : nos louanges, nos actions de grâce, nos supplications, nos sacrifices… : c’est la médiation « ascendante ».
Notre-Dame, elle aussi, est située entre Dieu et nous : elle n’a pas la nature divine, mais sa maternité divine la rend plus proche de Dieu que toutes les autres créatures ; elle est exempte du péché originel, mais elle partage véritablement notre nature humaine. Elle est donc bien entre Dieu et nous, plus précisément entre Notre-Seigneur et nous, comme « la Médiatrice auprès du Médiateur » (Léon XIII). Sa médiation est le rayonnement de celle du Sauveur, de même que la lumière de la lune est le rayonnement de celle du soleil. Il s’agit donc, il est important de le noter, d’une médiation subordonnée, qui s’exerce en dépendance de celle du Christ. On y retrouve les deux aspects de la médiation :
– D’une part, la Vierge Marie nous offre les grâces que son Fils veut nous accorder : médiation descendante.
– D’autre part, elle lui présente nos prières et nos sacrifices : médiation ascendante.
Voyons de plus près l’aspect principal, la médiation descendante :
– La médiation de Notre-Seigneur s’accomplit en deux temps : il y a d’abord la Rédemption « objective », comme disent les théologiens, c’est-à-dire le fait que le Christ s’est offert en sacrifice sur la Croix pour acquérir les grâces nécessaires au salut de tous les hommes ; puis la Rédemption « subjective », c’est-à-dire l’application individuelle à tel homme des mérites de Jésus crucifié (notamment par les sacrements). Pour cette application de ses mérites, le Sauveur joue le rôle de Médiateur par son intercession auprès du Père :
« Il intercède sans cesse pour nous », dit saint Paul, et saint Jean l’appelle notre « Avocat auprès du Père ».
– La médiation de Notre-Dame s’accomplit de même en deux temps : le premier est celui de la Corédemption, c’est-à-dire de sa coopération à la Rédemption le vendredi saint ; le deuxième, celui de son intercession actuelle : elle aussi « intercède sans cesse pour nous », elle aussi est « notre Avocate », comme nous le chantons dans le Salve. Marie est appelée Corédemptrice parce qu’elle a coopéré à la Rédemption objective ; elle est appelée Médiatrice parce qu’elle coopère à la Rédemption subjective, à la dispensation des grâces. Sa médiation est bien universelle, puisque son origine se situe à la source même de toutes les grâces : la Croix. Une grâce qui ne passerait pas par Marie devrait provenir d’une autre source que la Croix, or il n’y en a pas. Restons donc bien reliés à l’unique source par l’unique canal, à Jésus par Marie, au Sacré-Cœur par le Cœur Immaculé.
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Marie Médiatrice (2)
Sermon du 1er février 2026
Nous avons vu dimanche dernier en quoi consiste la médiation universelle de Notre-Dame. Il s’agit maintenant de vérifier, en scrutant l’Écriture et la tradition, si cette vérité appartient bien à la foi de l’Église.
Il n’est évidemment écrit nulle part en toutes lettres dans la Bible que la Vierge Marie est la Médiatrice de toutes les grâces ! Mais plusieurs passages de l’Évangile le suggèrent :
– A l’Annonciation, l’ange Gabriel révèle à Marie que Dieu veut se faire homme pour nous sauver (Jésus veut dire Sauveur), et que c’est d’elle qu’il veut naître en tant qu’homme. Par son Fiat, Notre-Dame devient donc la Médiatrice du salut.
– A la Visitation, dès qu’Élisabeth entend la salutation de sa jeune cousine, l’enfant qu’elle porte (Jean Baptiste) tressaille en son sein, comme pour manifester extérieurement la grâce de sanctification intérieure qu’il reçoit en cet instant. La très Sainte Vierge est bien dans ce mystère la « Mère de la divine grâce », la Médiatrice de la sanctification.
– Lors des noces de Cana, la Vierge Marie joue le rôle de Médiatrice entre son divin Fils et les époux dans l’embarras : « Ils n’ont plus de vin. » Ces époux nous représentent, nous qui sommes si pauvres, si démunis. La médiation maternelle de Notre-Dame vient à notre secours.
– La très Sainte Vierge est également Médiatrice sur le Calvaire. On attribue à sa prière la conversion du bon larron.
– Et souvenons-nous de la scène de la Pentecôte : bien des tableaux qui la représentent montrent le Saint-Esprit descendant d’abord sur la Reine des apôtres, puis, par elle, sur chacun d’eux.
Il faudrait citer aussi des passages de l’Ancien Testament, par exemple l’épître du Cœur Immaculé :
« Je suis la Mère du bel amour, de la crainte, de la connaissance et de la sainte espérance. En moi est toute la grâce de la voie et de la vérité ; en moi est toute l’espérance de la vie et de la vertu. »
Ce dernier verset est repris dans l’office de Marie Médiatrice, parce qu’il souligne la médiation universelle : « En moi est toute la grâce de la voie et de la vérité ; en moi est toute l’espérance de la vie et de la vertu. » D’où ces titres attribués à la très Sainte Vierge et à ses sanctuaires : Notre-Dame de Toute-Aide, Notre-Dame de Tout-Secours, Notre-Dame de Tout-Remède…
L’Écriture doit être complétée par la tradition. En cherchant dans les écrits des pères de l’Église, des docteurs, des papes et des évêques, on peut relever des milliers de citations à ce sujet. Je vous en propose simplement quelques-unes :
– Le premier père à employer le mot « Médiatrice » est saint Ephrem, au 4e siècle, donc avant même la définition de la maternité divine au concile d’Éphèse (431) : il voit en Marie « la Médiatrice du monde entier après le Médiateur », « la dispensatrice de tous les biens ». Notons que déjà avant ce saint, dès les tout premiers siècles, Marie est présentée comme la nouvelle Ève, en ce sens que, de même qu’Ève a été médiatrice de mort, Marie est médiatrice de vie. Cette doctrine est illustrée notamment par saint Irénée (fin du 2e siècle), qui affirme au sujet de Notre-Dame : « Dieu veut qu’elle soit le principe de tous ses dons. »
– Au début du 8e siècle, saint Germain, évêque de Constantinople, s’adresse ainsi à la Vierge Marie : « Nul ne reçoit de don, si ce n’est par vous. »
– Je saute à nouveau quelques siècles : saint Bonaventure (13e siècle) enseigne que la très Sainte Vierge est « la Médiatrice entre le Christ et nous, comme le Christ est Médiateur entre Dieu et nous », et que « toute grâce vient aux hommes par son intercession ».
– Citons encore Bossuet (17e siècle) : « C’est par Marie que la grâce nous est distribuée. »
– Saint Louis-Marie (début du 18e siècle) écrit dans son Traité de la vraie dévotion : « Il ne se donne aucun don céleste aux hommes qui ne passe par ses mains virginales. » Et dans le même ouvrage : « Pour aller à Jésus, il faut aller à Marie : c’est notre Médiatrice d’intercession. »
– Le cardinal Pie, mort en 1880, appelle Notre-Dame « la trésorière du Ciel, la dispensatrice de tous les dons, le canal de tous les biens pour le temps et pour l’éternité ».
– Léon XIII, dans ses nombreuses encycliques sur le Rosaire, revient souvent sur ce thème : « Rien ne nous est accordé sans l’intervention de Marie. » – « Après avoir été la coopératrice de la Rédemption, elle est devenue aussi la dispensatrice de la grâce qui découle de cette Rédemption pour tous les temps. »
– Saint Pie X, dans sa grande encyclique mariale, affirme que la Sainte Vierge est « la très puissante Médiatrice et avocate du monde entier », « la dispensatrice de tous les trésors que Jésus nous a acquis par sa mort et par son sang ».
– Benoît XV reprend la formule déjà fréquemment employée par ses prédécesseurs : Notre-Dame est « la dispensatrice de toutes les grâces ». En 1921, suite à la supplique du cardinal Mercier, il approuve l’office et la messe de Marie Médiatrice de toutes grâces, dont la fête est accordée à la Belgique ainsi qu’aux diocèses et aux congrégations qui en feront la demande. Cette fête est d’abord fixée au 31 mai ; lorsque Pie XII instituera la fête de Marie Reine, il déplacera au 8 mai celle de Marie Médiatrice. Les trois oraisons de la messe soulignent chacune le titre de « Médiatrice » ; relevons aussi cette forte affirmation dans l’hymne des matines : « Tous les dons que nous a mérités le Rédempteur nous sont distribués par Marie, sa Mère. » L’argument liturgique est d’un très grand poids, puisque c’est la foi de l’Église qui s’exprime par sa prière : lex orandi, lex credendi.
– Notons chez Pie XI l’expression « trésorière de toutes les grâces ».
– Enfin, Pie XII, vers la fin de son pontificat, donc peu avant le Concile, donne à Notre-Dame le titre de « Médiatrice de toutes les grâces de sanctification ». Il rappelle une pensée célèbre de saint Bernard qui, précise-t-il, « résume la tradition des pères » : « Dieu a voulu que nous ayons tout par Marie. » Et il ajoute : « Cette très douce et vivifiante doctrine [que, 70 ans plus tard, l’indigne successeur de Pie XII qualifie d’inopportune] est admise aujourd’hui d’un commun accord par les théologiens. »
Dans les citations que j’ai choisies – ce n’est qu’un petit échantillon –, on est frappé par l’insistance sur l’universalité de la médiation de la Vierge Marie : « tous les biens, toutes les grâces, tous les dons, tous les trésors… »
La vérité que nous découvrons ainsi dans la sainte Écriture et dans la tradition, cette même vérité « sort de la bouche des enfants », je veux dire des enfants formés spécialement par leur Mère du Ciel. Je conclus donc par une pensée de Jacinthe, la confidente du Cœur Immaculé ; peu avant d’achever sa courte vie, elle recommandait à sa cousine Lucie :
« Dis à tout le monde que Dieu nous accorde ses grâces par le moyen du Cœur Immaculé de Marie, que c’est à elle qu’il faut les demander. »
Cette petite fille croyait très profondément que la très Sainte Vierge est
la Médiatrice de toutes les grâces. Croyons-le nous aussi de toute notre âme.
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Marie Médiatrice (3)
Sermon du 22 février 2026
Nous terminons ce matin notre petite étude sur la médiation universelle de Notre-Dame. La dernière fois, je vous citais le pape Pie XII : « Cette très douce et vivifiante doctrine est admise aujourd’hui d’un commun accord par les théologiens. » Choisissons quelques exemples :
– Le père Garrigou-Lagrange, en 1948, considérait que la médiation universelle était « une doctrine définissable comme dogme de foi ». Il s’appuyait sur le fait qu’une vérité prêchée de façon si constante, si unanime tout au long de l’histoire de l’Église, et confirmée par le magistère des papes, fait nécessairement partie du dépôt révélé.
– A la même époque (milieu du 20e siècle), un carme, le père Jean de Jésus-Hostie, écrivait : « Aujourd’hui la définition dogmatique de la médiation universelle de Marie est toute proche et n’attend qu’une occasion favorable. » Occasion qui s’est présentée au Concile, mais…
– En 1913, le père Le Rohellec, professeur au Séminaire Français de Rome, dans une conférence sur la médiation, aboutissait déjà à la même conclusion : il s’agit d’une vérité définissable.
– Mgr Lefebvre, qui fut l’élève du père Le Rohellec, affirme clairement, dans son Itinéraire spirituel, que la très Sainte Vierge est « la Médiatrice de toutes les grâces qui nous sont données ».
Monseigneur était à la fois un théologien et un évêque. Voici donc maintenant le témoignage de quelques membres de l’épiscopat à l’approche de Vatican II, tiré de leurs réponses à une lettre du Saint-Siège leur demandant de faire connaître leurs « vœux » en vue du Concile :
– Le cardinal Roques, archevêque de Rennes, réclamait que l’on prépare « la définition du dogme de Marie Médiatrice de toutes grâces, qui fait déjà partie de la profession de foi du peuple chrétien ».
– L’archevêque de Bordeaux, le cardinal Richard, écrivait dans le même sens : « Une définition concernant la Médiation de la bienheureuse Vierge pour la distribution des grâces ainsi que de sa qualité de Corédemptrice me semble très souhaitable. » Le prélat répondait également à l’objection présentée par quelques-uns : une telle définition serait un obstacle au retour des hérétiques et des schismatiques à l’unité de l’Église ; pour le prélat, tout au contraire, cela pourrait favoriser la conversion des égarés : bel esprit surnaturel !
– Les évêques français n’étaient nullement une exception. Les évêques irlandais demandaient aussi une définition dogmatique, au motif que « la médiation universelle de la bienheureuse Vierge Marie est une doctrine commune dans l’Église ».
– Les prélats américains voulaient que Notre-Dame soit déclarée solennellement « Corédemptrice du genre humain et Médiatrice de toutes les grâces ».
– Citons encore les évêques espagnols : « Ces derniers temps, la proclamation des deux dogmes de l’Immaculée Conception et de l’Assomption ont causé une très grande joie à l’Église universelle. » Ils proposaient donc que le pape, à l’occasion du Concile, insère « une nouvelle pierre précieuse dans la couronne d’or de la Mère de Dieu », en définissant un troisième dogme.
– Il faudrait mentionner bien d’autres évêques, comme les évêques italiens, polonais, etc.
L’unanimité de l’épiscopat sur un point de doctrine est un argument très fort. Pie XII l’avait utilisé une dizaine d’années plus tôt pour la proclamation du dogme de l’Assomption. Le « commun accord des théologiens » constitue de même un critère certain du caractère révélé d’une vérité.
La « Commission centrale préparatoire » du Concile – dont faisait partie Mgr Lefebvre – avait composé un « schéma » (un docuмent) sur la Vierge Marie. Dans cette étude de 28 pages, il y avait seulement 7 pages de texte (le quart de l’ensemble), le reste étant constitué par les notes très nombreuses, essentiellement des références aux pères, aux docteurs, aux papes, aux théologiens… Preuve qu’il s’agissait bien d’une doctrine profondément enracinée dans la tradition.
Mais déjà, au cours d’une réunion de cette commission, le cardinal Montini – le futur Paul VI, de si triste mémoire – insista pour qu’on ne parle pas de la médiation de la Sainte Vierge, mais seulement, d’une manière plus générale et plus vague, de sa maternité spirituelle. Par ailleurs, le projet d’un schéma spécifiquement marial ne convenait pas du tout aux modernistes : ils savaient bien qu’on ne pouvait pas ne pas parler de Notre-Dame au Concile, mais ils voulaient faire en sorte qu’on en parle le moins possible. Des « experts » comme le père Rahner et l’abbé Ratzinger – le futur Benoît XVI, également de triste mémoire – ont alors eu l’idée de réduire le schéma marial à un simple chapitre d’un autre schéma, celui sur l’Église. Ils se sont opposés tout spécialement au titre de « Médiatrice de toutes les grâces ». Le motif principal de leur entreprise de subversion était le grand danger qu’aurait constitué pour l’œcuмénisme ce qu’ils appelaient « les excès de la piété mariale ». Ils réussirent à l’emporter de justesse, et le texte fut promulgué comme dernier chapitre de la constitution sur l’Église, mentionnant quelques titres de la Vierge Marie dont celui de Médiatrice, mais sans préciser de toutes les grâces.
La même omission se retrouve dans le « Catéchisme de l’Église catholique » (qui est en fait le catéchisme de l’Église conciliaire), et dans l’enseignement de Jean-Paul II – encore de triste mémoire. Malgré tout cela, en 1995, une pétition pour la définition du dogme a été signée par de nombreux évêques, prêtres et fidèles. Réponse, l’année suivante, du Congrès Mariologique international (auquel participaient des orthodoxes et des protestants) :
« Il n’est pas opportun d’abandonner le chemin tracé par Vatican II et de définir un nouveau dogme. »
Il était donc opportun que Vatican II abandonne le chemin tracé par vingt siècles de tradition, mais ensuite il n’était pas opportun d’abandonner le chemin tracé par Vatican II… La conclusion s’impose : en mariologie comme dans les autres domaines, il faut choisir : ou bien nous sommes avec les papes de la Révélation, jusqu’à Pie XII, ou bien nous sommes avec les papes de la Révolution, ceux qui ont fait le Concile et ceux qui l’ont mis en œuvre, de Jean XXIII à Léon XIV.
Il est bien permis de penser que, lorsque Notre-Dame a annoncé le « triomphe final » de son Cœur Immaculé, cela inclut la reconnaissance officielle du fait que toutes les grâces nous viennent du Cœur de Jésus par le Cœur de sa sainte Mère. Nous qui voulons hâter ce « triomphe final » du Cœur Immaculé, nous devons donc prier pour que la médiation universelle soit enfin proclamée comme un dogme de notre foi. Ce serait une grâce immense pour l’Église et pour les âmes.
En attendant, donnons toujours plus de place à cette grande vérité dans notre vie spirituelle. Remarquons notamment combien la liturgie s’en inspire ; par exemple, dans l’hymne Ave maris stella, nous demandons à la très Sainte Vierge : 'bona cuncta posce', obtenez-nous tous les biens (médiation descendante, universelle). Puis nous ajoutons : 'sumat per te preces', que votre Fils reçoive par vous nos prières (médiation ascendante).
Je termine en citant la conclusion d’un colloque marial de la Tradition tenu à Lyon il y a vingt ans : « Le meilleur moyen de hâter la définition d’un dogme combattu par Satan et ses suppôts sera de le pratiquer. Car c’est un "dogme d’action". Pratiquons-le en récitant chaque jour notre chapelet et en nous consacrant à la Sainte Vierge. »
Fin.
_____________________________ English Translation here:
https://www.cathinfo.com/sspx-resistance-sermons/father-bruno-3-sermons/