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Author Topic: Père Bruno, (1 / 7) sermons - Marie Corédemptrice, mars - mai 2026 AD.  (Read 137 times)

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Marie Corédemptrice (1)

sermon du 8 mars 2026

  L’évangile de ce troisième dimanche du Carême s’achève par un double éloge de la très Sainte Vierge : celui d’une femme qui s’adresse à Notre-Seigneur : « Heureux le sein qui vous a porté ! », et celui de Jésus lui-même : « Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent ! » Qui mieux que Notre-Dame a su écouter et garder la parole de Dieu ? À l’Annonciation, elle a écouté la parole de Dieu transmise par l’ange ; elle l’a si bien écoutée qu’elle l’a faite sienne au plus profond de son Cœur, exprimant son consentement par les mots que nous répétons trois fois par jour : « Qu’il me soit fait selon votre parole ! », c’est-à-dire selon la parole de Dieu. Parole qu’elle a gardée tout au long de sa vie, y compris et surtout lors du drame du Calvaire : elle était devenue la Mère de Dieu le jour de l’Annonciation ; cette Mère est restée debout (Stabat Mater) au pied de la Croix de son Fils au moment du sacrifice suprême, pour s’y unir avec toute la charité qui remplissait son Cœur immaculé. « Heureuse celle qui a écouté la parole de Dieu et qui l’a gardée ! » En l’écoutant à l’Annonciation, elle est devenue la Mère de Dieu ; en la gardant sur le Calvaire, elle est devenue notre Corédemptrice.

  C’est cette grande vérité qu’il nous faut maintenant étudier de plus près, ayant déjà établi celle de la Médiation universelle de la Vierge Marie. Comme je vous le disais en commençant cette série de sermons, la Corédemption et la Médiation sont deux aspects inséparables du même mystère, celui de la participation de Notre-Dame à l’œuvre de notre salut : Marie Corédemptrice a contribué à l’acquisition des grâces au pied de la Croix ; Marie Médiatrice coopère à leur distribution du haut du Ciel.

  Nous suivrons, pour cette deuxième étude, le même plan que pour la première : après avoir présenté la notion de Corédemption, nous scruterons l’Écriture et la tradition ; nous constaterons au passage à quel point l’Église conciliaire s’écarte de cette tradition ; et nous conclurons en remarquant l’importance de cette vérité dans notre vie spirituelle.

  Dans le mystère de notre salut, nous pouvons distinguer trois temps, qui sont ordonnés l’un à l’autre :
– Le premier est celui de la venue de Notre-Seigneur sur cette terre : Dieu se fait homme. C’est l’Incarnation, qui est ordonnée à la Rédemption, comme l’indique le nom que reçoit l’Homme-Dieu : Jésus, qui signifie Sauveur. On parle d’Incarnation rédemptrice, pour souligner que l’Incarnation est une préparation à la Rédemption.

– Le deuxième temps est celui de l’accomplissement de la Rédemption par le sacrifice de la Croix.

– Et le troisième temps est l’aboutissement du second : du haut du Ciel, le Médiateur assis à la droite de son Père nous distribue les fruits de son sacrifice par la grâce et les sacrements.
Préparation, accomplissement, aboutissement : ces trois phases du salut envisagées par rapport à Notre-Seigneur, on peut aussi les considérer du point de vue de Notre-Dame :

– Dans un premier temps, l’Incarnation fait d’elle la Mère du Rédempteur. Son Fiat n’est pas seulement un acquiescement au mystère de l’Incarnation en tant que tel ; c’est un consentement à l’ensemble du plan divin, donc à l’Incarnation rédemptrice. Le Fiat de l’Annonciation oriente la Vierge Marie vers le Stabat de la Compassion.

– Le deuxième temps est celui de sa coopération à la Rédemption elle-même, c’est-à-dire de sa participation au sacrifice de la Croix. Coopération, participation qu’on exprime par le terme Corédemption.

– Et le troisième temps est, comme pour Jésus, l’aboutissement du second : Médiatrice auprès du Médiateur, la Reine du Ciel contribue à la distribution des grâces acquises le vendredi saint.

  Le premier point est hors de doute, puisqu’il s’agit d’un dogme de notre foi : à l’Annonciation, la très Sainte Vierge est devenue la Mère de Dieu, la Mère du Rédempteur. Le troisième point, la Médiation, sans être encore un dogme, est une vérité si certaine qu’elle est définissable, comme nous l’avions vu le mois dernier. Qu’en est-il donc du deuxième point, celui de la Corédemption ?

  La réponse qui vient aussitôt à l’esprit est que, si la Vierge Marie est associée à la première étape et à la troisième, il paraît plausible qu’elle le soit également à l’étape intermédiaire, celle du Calvaire. Ce serait conforme à la sagesse de Dieu, compte tenu du lien qui unit ces différentes étapes et qui les ordonne l’une à l’autre. – Par ailleurs, le pouvoir qu’a Notre-Dame de disposer des grâces pour les distribuer s’explique mieux si elle a d’abord participé à l’acquisition même de ces grâces.

  On pourrait avancer d’autres arguments (nous verrons dimanche prochain celui du parallèle entre Ève et Marie). Mais si forts soient-ils, ils resteront des raisons de convenance, et la certitude ne pourra venir que de l’étude attentive du magistère et de la tradition. Car Dieu est souverainement libre dans toutes ses œuvres, en particulier dans l’œuvre de notre salut : après la chute originelle, il était libre de nous racheter ou non ; ayant décidé de nous sauver, il était libre d’envoyer ou non son Fils; ayant choisi le moyen de l’Incarnation, il était libre de le faire naître ou non d’une femme ; ayant prédestiné Marie à devenir la Mère du Dieu fait homme, il restait libre de l’associer plus ou moins totalement à sa mission de Sauveur. Il revient à une mère d’élever son enfant après l’avoir mis au monde, mais pas – en règle générale – de l’accompagner tout au long de sa vie, même s’il est évidemment très important de garder des liens familiaux étroits une fois que l’enfant est devenu adulte. L’Évangile dit que, pour fonder à son tour une famille, « l’homme quittera son père et sa mère » ; et celui qui est appelé au service de Dieu quitte également ses parents.

  Pour revenir à Notre-Dame, il y a bien eu une certaine séparation au début de la vie publique de Notre-Seigneur, après les noces de Cana ; mais sa présence à Cana et sa présence au Calvaire montrent bien que Dieu voulait que sa mission maternelle ne se limite pas à la vie cachée de son Fils, mais qu’elle joue un rôle important dans sa mission de Sauveur. C’est en examinant les témoignages de l’Écriture et de la tradition que nous verrons jusqu’où s’étend ce rôle. On peut tout résumer en une brève formule : Marie n’est pas seulement la Mère du Rédempteur ; elle est l’associée du Rédempteur, la Corédemptrice.

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Marie Corédemptrice (2)

Père Bruno, sermon du 15 mars 2026

  « Nous sommes les enfants de la promesse. »

  Quelle est cette promesse dont parle saint Paul dans l’épître de ce quatrième dimanche du Carême ? C’est celle faite par Dieu à Abraham après le sacrifice d’Isaac. Pour mieux comprendre de quoi il s’agit, il est bon de relire quelques versets de ce bel épisode biblique, raconté dans le livre de la Genèse.

  Abraham reçoit d’abord une première promesse, celle d’avoir un fils, alors qu’il est déjà centenaire, et sa femme Sara nonagénaire. La naissance d’Isaac, l’année suivante, est donc un grand miracle, par lequel se réalise la promesse divine. – Quelques années passent, et Dieu décide de « mettre Abraham à l’épreuve » : « Prends ton fils unique, celui que tu aimes, Isaac, et offre-le en h0Ɩ0cαųste sur la montagne que je te montrerai. » Vous connaissez la suite de l’histoire, et comment « l’ange de Yahvé » intervient in extremis pour empêcher l’accomplissement de ce terrible sacrifice. – L’ange annonce alors à Abraham une nouvelle promesse, celle que saint Paul évoque dans la messe d’aujourd’hui : « Je te bénirai ; je multiplierai ta postérité comme les étoiles du ciel et comme le sable du bord de la mer. » Et l’ange indique deux motifs de cette grande promesse : « Parce que tu n’as pas épargné ton fils unique… parce que tu as obéi à ma voix. »

  Le sacrifice d’Isaac est une des principales figures du sacrifice de Notre-Seigneur dans l’Ancien Testament. Et notre piété mariale peut découvrir quelque chose des dispositions du Cœur de Notre-Dame de Compassion le vendredi saint en regardant celles d’Abraham. Reprenons point par point ce que nous venons de voir :

  – Comme Abraham, Marie reçoit d’abord une première promesse, celle d’avoir un fils, alors qu’elle a résolu de demeurer vierge : l’ange Gabriel lui annonce qu’elle va concevoir et enfanter un fils.
– La conception et la naissance de Jésus, qui préservent la virginité de Notre-Dame, sont le grand miracle par lequel se réalise la promesse divine.

  – Trente-trois années passent, et Dieu décide de « mettre Marie à l’épreuve » : « Accompagne ton Fils unique, celui que tu aimes, Jésus, sur la montagne du Golgotha, et là offre-le en h0Ɩ0cαųste. » (Je transpose les paroles de la Genèse.)

    – La suite de l’histoire diffère : sur le Calvaire, « l’ange de Yahvé » n’intervient pas, et la très Sainte Vierge doit aller jusqu’au bout du sacrifice : debout au pied de la Croix, elle offre son Fils unique en h0Ɩ0cαųste en même temps que lui-même s’offre à son Père. Il y a bien deux personnes, Jésus et Marie, mais il n’y a qu’un sacrifice, où l’intention de la Mère se fond dans l’intention du Fils : le rachat du genre humain. Jésus Rédempteur s’associe Marie Corédemptrice dans l’œuvre de notre salut.

  – La comparaison n’est pas terminée : de même que l’ange de Yahvé annonce à Abraham une nouvelle promesse, de même Jésus en Croix s’adresse à sa sainte Mère en lui montrant son disciple préféré : « Voici votre fils. » Cette parole est l’équivalent d’une promesse ; c’est comme si Jésus disait : « Je multiplierai votre postérité comme les étoiles du ciel et comme le sable du bord de la mer. Car en la personne de Jean ce sont tous mes disciples, jusqu’à la fin des temps, qui seront vos enfants. » Et les deux motifs de cette grande promesse sont les mêmes que pour Abraham : « Parce que vous n’avez pas épargné votre Fils unique… parce que vous avez obéi à la voix de Dieu. » La Vierge Marie a « obéi à la voix de Dieu » lorsqu’elle a répondu : « Qu’il me soit fait selon votre parole. » Et ensuite toute sa vie s’est déroulée sous le signe de l’obéissance, jusqu’à l’obéissance héroïque du Calvaire, où elle n’a « pas épargné son Fils unique ». En l’immolant généreusement pour notre salut, elle a mérité de recevoir une postérité innombrable. C’est en cela que consiste le mystère de la Corédemption de Notre-Dame et de sa maternité spirituelle, qui en découle.

  L’histoire d’Abraham occupe le deuxième quart du livre de la Genèse. Si nous remontons aux tout premiers chapitres, nous y trouvons un autre personnage très important, celui d’Ève. Or le parallèle entre Ève et Marie est un argument fondamental en faveur de la Corédemption. Il vaut la peine de s’y attarder un peu.

  Dans deux de ses épîtres, saint Paul compare l’œuvre de Notre-Seigneur et celle d’Adam, présentant Notre-Seigneur comme le « nouvel Adam ». Très tôt dans l’Église, on a vu également en Marie la « nouvelle Ève » : de même qu’Ève avait participé au péché d’Adam, de même la nouvelle Ève a participé à la réparation de ce péché par le nouvel Adam. Saint Irénée, l’un des premiers pères de l’Église, à la fin du 2e siècle, explique qu’Ève a été cause de mort pour elle-même et pour tout le genre humain par sa désobéissance et son manque de foi, et que Marie est cause de salut pour elle-même et pour tout le genre humain par son obéissance et sa foi. A la même époque, dans différentes régions, d’autres auteurs prêchent dans le même sens, si bien qu’on peut considérer comme certain que cette doctrine est d’origine apostolique. On la retrouve tout au long de l’histoire de l’Église. Citons deux autres pères de l’Église : saint Jérôme : « Ève nous a expulsés du paradis ; Marie nous reconduit au Ciel. » Et saint Augustin : « C’est par une femme qu’est venue la mort, c’est par une femme que vient la vie. » Beaucoup plus tard, saint Louis-Marie écrira dans son Traité de la vraie dévotion : « Ce qu’Ève a perdu par la désobéissance, Marie l’a sauvé par son obéissance. » Et nous verrons que le pape Pie XII recourt au même parallélisme.

  Ève est appelée dans la Genèse « l’associée » et « l’aide » d’Adam :

  – De même qu’Ève a été l’associée d’Adam pour la perte de tout le genre humain, de même Marie a été l’associée de Jésus pour le rachat de tout le genre humain. Ève a participé activement au péché d’Adam ; elle y a joué un rôle très important quoique subordonné, Adam étant le principal coupable. De même, Marie a participé activement à notre Rédemption ; elle y a joué un rôle très important quoique subordonné, Jésus étant le Rédempteur. On parle de la Corédemption comme d’une coopération secondaire et dépendante (dépendante parce que c’est Jésus qui a donné à Marie de pouvoir coopérer à l’œuvre de notre salut).

  – L’autre titre d’Ève est celui d’« aide » : lorsque Dieu décide de la créer, il dit : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul ; faisons-lui une aide semblable à lui. » La tradition applique ces paroles à la très Sainte Vierge : le bon Dieu a jugé qu’il n’était pas bon que l’Homme-Dieu soit seul sur le Calvaire pour nous racheter ; il lui a adjoint, en la personne de Notre-Dame, une « aide semblable à lui », chargée de nous racheter de concert avec son Fils. Une aide semblable, non pas égale : Jésus est l’unique Rédempteur, Marie la Corédemptrice ; Jésus seul est cloué à la Croix, Marie demeure au pied de la Croix.

  Restons-y avec elle en cette deuxième partie du Carême, qui nous achemine vers le drame du vendredi saint.


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Marie Corédemptrice (3)

Père Bruno, sermon du 22 mars 2026

  Dans l’épître de ce dimanche de la Passion, saint Paul affirme que Notre-Seigneur a acquis, par son Précieux Sang, une « rédemption éternelle ». La grande vérité que nous essayons d’approfondir en ce moment, c’est que Notre-Dame a participé à l’acquisition de cette rédemption. Nous avons vu, par la figure du sacrifice d’Isaac et par le parallélisme entre Ève et Marie, que l’Ancien Testament nous oriente déjà en ce sens. Mais c’est surtout dans le Nouveau Testament que nous trouvons des éléments en faveur de la Corédemption :

  – D’abord, bien sûr, dans le récit de l’Annonciation ; j’y reviendrai le 25 mars (mercredi). Retenons simplement que le Fiat de la Vierge Marie exprime son consentement à l’ensemble du plan divin, donc à l’Incarnation rédemptrice.
– La scène de la Présentation au Temple a, dans notre perspective, une importance toute particulière. Je vous renvoie au sermon de la Chandeleur, début février, où j’avais expliqué que l’offrande de l’Enfant Jésus par sa sainte Mère revêtait un caractère nettement sacrificiel, grâce à la lumière surnaturelle apportée par les paroles du vieillard Siméon.

  – En janvier, nous avions médité sur le mystère de Cana, où le rôle de Notre-Dame annonce celui qu’elle devra jouer sur le Calvaire.

  – La page essentielle de l’Évangile, en ce qui concerne la Corédemption, est évidemment celle du Stabat Mater, que l’Église nous fera entendre dans quelques jours en la fête de Notre-Dame de Compassion. Nous en reparlerons donc vendredi, et également le 22 août prochain, fête du Cœur immaculé. Remarquons simplement que le bref évangile de ces fêtes ne précise rien quant aux souffrances et aux dispositions intérieures de la très Sainte Vierge. Mais – comme bien souvent – la tradition vient compléter l’Écriture : l’Église, qui sait lire entre les lignes du texte sacré, reprend deux mots de l’Évangile, Stabat Mater, et y ajoute un troisième, dolorosa : Stabat Mater dolorosa (c’est le début de la séquence que nous chanterons vendredi). Aux théologiens d’expliquer ensuite comment la « Mère des douleurs » mérite, par son amour, par sa prière, par ses souffrances, par son union intime au Rédempteur, le titre de Corédemptrice.

  Il faut évoquer ici une objection fondamentale à cette doctrine, qui pourrait s’appuyer sur un verset de saint Paul dans sa deuxième épître aux Corinthiens : « Le Christ est mort pour tous. » (L’Apôtre insiste sur le mot tous.) Autrement dit : Notre-Seigneur a offert sa vie en sacrifice pour racheter tous les hommes sans exception. La question se pose alors : Notre-Dame peut-elle être à la fois rachetée et Corédemptrice ?

  Il est absolument certain qu’elle devait être rachetée, étant normalement soumise, comme tous les descendants d’Adam et Ève, à la terrible loi du péché originel. Mais, enseigne Pie IX dans la bulle de promulgation du dogme de l’Immaculée Conception, Marie a été rachetée « d’une façon plus sublime », en ce sens qu’elle a été préservée, et non délivrée, du péché originel. Et cela « en prévision de la mort de son Fils », selon l’expression de l’oraison du 8 décembre.

  C’est ce « mode sublime » du rachat de la Vierge Marie qui lui permet de participer au rachat des autres humains. Le fait d’avoir été mise à part de l’humanité pécheresse par le privilège de l’Immaculée Conception la rend apte à prendre une part active – si tel est le plan du Dieu souverainement libre – à la rédemption de cette humanité pécheresse.

  Il y a donc deux « temps » dans la rédemption objective (temps entre guillemets, car il ne s’agit pas d’une succession chronologique, mais d’un ordre dans l’intention divine) : Jésus rachète « d’abord » Marie, d’une rédemption préservatrice ; « puis » il s’adjoint la souffrance et le mérite de Marie pour racheter le reste du genre humain, d’une rédemption réparatrice. L’unique Rédemption a ainsi deux effets, dont le premier est ordonné au second : Notre-Seigneur, en première intention, s’immole pour Notre-Dame ; en deuxième intention, il s’immole avec elle pour tous les autres. Pour le dire encore plus brièvement : Jésus s’offre seul pour Marie, « puis » Jésus et Marie s’offrent ensemble pour nous.

  Ces précisions théologiques ne font que mettre en lumière une vérité très consolante, à savoir que Dieu, qui nous a créés sans nous, ne nous sauve pas sans nous. Dans sa sagesse et son amour, il désire que nous coopérions à notre propre salut : il est en effet plus beau, plus grand, plus parfait de nous sauver nous-mêmes tout en étant sauvés par l’unique Sauveur ; de mériter nous-mêmes tout en dépendant totalement des mérites de l’unique Rédempteur. C’est vrai quant à la rédemption subjective : pour être sauvés, nous ne devons pas simplement nous laisser sauver, de façon purement passive ; Dieu attend non seulement notre consentement à sa grâce, mais notre collaboration active par nos efforts. C’est vrai également au plan de la rédemption objective, mais là seule la Vierge immaculée, la « première rachetée », pouvait participer avec son Fils, le vendredi saint, à l’acquisition des grâces du salut pour tout le genre humain.

  Notre-Dame est donc bien à la fois rachetée et Corédemptrice, d’autant plus efficacement Corédemptrice qu’elle a été rachetée « d’une façon plus sublime ».
Nous chanterons, dans la nuit de Pâques, le fameux O felix culpa : heureuse faute, qui nous a valu un tel Rédempteur ! A la lumière de tout ce que nous venons de voir, nous pouvons ajouter : heureuse faute, qui nous a valu une telle Corédemptrice !

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Marie Corédemptrice (4)

Père Bruno, sermon du 26 avril 2026

  Nous reprenons ce matin notre étude sur la Corédemption de la très Sainte Vierge. Nous avons découvert les fondements de ce privilège marial dans la sainte Écriture ; interrogeons maintenant la tradition : le témoignage le plus important et le plus probant sera celui des papes, de Pie IX à Pie XII (du milieu du 19e siècle au milieu du 20e). Mais nous recueillerons d’abord la pensée d’autres auteurs, à commencer par celle d’un évêque qui nous est cher : Mgr de Castro Mayer (c’était hier, 25 avril, le 35e anniversaire de sa mort). En 1978, l’évêque de Campos (Brésil) écrivit une belle et longue lettre pastorale à ce sujet, d’autant plus intéressante que son auteur était un excellent théologien ; retenons-en quelques éléments :

  – Mgr de Castro Mayer rappelle, à la suite de saint Augustin, que Dieu aurait pu s’incarner sans naître d’une femme, sans le concours de la Vierge Marie. « Si donc il a voulu naître de Marie, c’est parce que Marie entrait dans le plan divin qui a déterminé l’Incarnation du Fils de Dieu. » Or, nous le chantons dans le Credo, Jésus s’est incarné ‘propter nos homines et propter nostram salutem’. Par conséquent, poursuit l’évêque, « il ne nous est pas permis d’exclure la collaboration de la très sainte Vierge Marie de l’œuvre par laquelle la bonté divine a racheté le genre humain ».

  – Nous avions noté l’importance du parallélisme entre Ève et Marie : pour Mgr de Castro Mayer, « il n’y a pas de doute : la participation de Notre-Dame à l’œuvre de la Rédemption, comme réparatrice du malheur causé par Ève, est une doctrine révélée ». Il insiste : « On ne peut douter que cette doctrine [Marie nouvelle Ève] provienne des Apôtres. »

  – « La miséricorde divine, écrit encore Monseigneur, a voulu, comme pour parfaire son amour pour nous, associer une pure créature à l’œuvre de la Rédemption. Elle nous a offert la possibilité de participer à l’acquittement de notre dette. » C’est sur cette pensée que s’était terminé le dernier sermon sur Marie Corédemptrice, il y a un mois.

  – La très Sainte Vierge, selon l’évêque de Campos, a été associée à la paternité du Père dans l’Incarnation, puis à sa miséricorde « en n’épargnant pas son propre Fils, mais en le livrant pour nous tous ». Vous reconnaissez un verset de saint Paul, déjà commenté dans le sermon de la fête de Notre-Dame de Compassion.
Citons maintenant un prélat encore plus illustre : en 1937, deux ans avant de monter sur le trône de Pierre sous le nom de Pie XII, le cardinal Pacelli prêchait dans la chaire de Saint-Louis des Français, à Rome : « L’application des mérites de Jésus-Christ forme avec leur acquisition une seule œuvre complète : celle du salut. Il convient que Marie coopère de la même manière aux deux parties de cette même œuvre : ainsi le réclame l’unité du plan divin. » Autrement dit : si Marie est Médiatrice, elle est également Corédemptrice ; si elle coopère à la distribution des grâces, c’est qu’elle a d’abord coopéré à leur acquisition.

  Au 19e siècle, il faut mentionner Mgr gαy. Dans une méditation sur le quatrième mystère joyeux, à propos de la prophétie de Siméon, il écrit ces lignes : « Marie entre, comme partie active, dans le sacrifice de Jésus. Elle est sa coopératrice, et vraiment notre Corédemptrice. Le glaive qui tuera le Fils transpercera le Cœur de la Mère. »

  Au 17e siècle, Bossuet affirme fortement que Notre-Dame « a eu la même part à notre salut qu’Ève a eue à notre perte. C’est la doctrine reçue dans toute l’Église catholique par une tradition qui remonte jusqu’à l’origine du christianisme. »
Cette simple phrase suffit à pulvériser les inepties et les impiétés du docuмent romain du 4 novembre dernier.

  Passons au moyen âge, plus précisément aux 12e et 13e siècles, si riches à beaucoup de points de vue. Au 13e, retenons plus spécialement deux grands docteurs, saint Bonaventure et saint Albert le Grand. Le docteur franciscain (saint Bonaventure) enseigne non seulement la Compassion (« l’âme de la bienheureuse Vierge a compati de toutes ses forces aux souffrances de son Fils très cher »), mais aussi la Corédemption, notion d’ailleurs très courante à cette époque : « Elle a coopéré à la Rédemption du genre humain. » Quant au docteur dominicain, saint Albert le Grand (le maître de saint Thomas d’Aquin), il fait le lien entre la Compassion et la Corédemption, en présentant la Vierge Marie comme « la coopératrice de la Rédemption par sa Compassion ». (Mgr Lefebvre pourrait s’être inspiré de cette pensée en écrivant dans les Constitutions des sœurs que Marie a été « efficacement Corédemptrice par sa Compassion ».) Dans le même sens, saint Albert le Grand explique que Notre-Dame a été associée à la Passion (consors Passionis) parce que, dans le plan de Dieu, elle devait être « l’aide de la Rédemption », adiutrix Redemptionis. Cette formule sera souvent reprise par la suite ; elle est l’équivalent du mot Coredemptrix, même si ce terme n’apparaît qu’un peu plus tard, au début du 14e siècle, sous la plume d’un frère mineur anonyme.

  Le 12e siècle est dominé par la grande figure de saint Bernard, qu’on a appelé « le chantre de la Vierge Marie ». Lui aussi voit en Notre-Dame la nouvelle Ève, unie au nouvel Adam pour notre rédemption : « Il convenait que l’un et l’autre sexes participent à notre réparation, puisque l’un et l’autre avaient causé notre perte. » Pour préciser en quoi consiste la « participation » de Notre-Dame, l’abbé de Clairvaux dit dans un sermon qu’elle « offrit son Fils sur l’autel de la Croix, participant à l’œuvre du salut ».

Notons encore cette belle pensée d’Arnauld de Chartres, ami intime de saint Bernard : « Le Christ immolait son corps ; Marie, son âme. »

  Revenons, pour conclure, au 20e siècle : de nombreux auteurs spirituels affirment que la très Sainte Vierge est notre Corédemptrice, entre autres Dom Marmion, le père Kolbe, sœur Lucie de Fatima… Il est intéressant de remarquer que la Corédemption a été choisie comme thème du congrès marial de La Salette, en 1946 (centenaire de l’apparition). Citons enfin l’avis autorisé du grand théologien que fut le père Garrigou Lagrange : « C’est une doctrine commune et certaine dans l’Église, et même proche de la foi, que la Sainte Vierge, Mère du Rédempteur, lui est associée dans l’œuvre rédemptrice comme cause secondaire et subordonnée, ainsi qu’Ève fut associée à Adam dans l’œuvre de perdition. » On en revient toujours à la formule qui résume ce mystère marial : Marie n’est pas seulement la Mère du Rédempteur ; elle est l’associée du Rédempteur, la Corédemptrice.

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Marie Corédemptrice (5)

Père Bruno, sermon du 3 mai 2026

  Nous avons pu constater que, depuis bien des siècles, beaucoup de saints, de docteurs, d’évêques, de théologiens et autres auteurs spirituels parlent en faveur de la Corédemption de la très Sainte Vierge. Qu’en est-il des papes, dont le témoignage est évidemment d’une importance majeure ?

  Seul Pie XI, dont le pontificat se situe entre les deux guerres, a utilisé le terme « Corédemptrice » pour parler de la Vierge Marie, mais plusieurs autres papes, de Pie IX à Pie XII, ont soutenu l’idée sans le mot.

  – Dans sa bulle de définition du dogme de l’Immaculée Conception (1854), Pie IX cite le fameux verset du début de la Genèse : « Je mettrai des inimitiés entre toi et la femme, entre ta postérité et la sienne. » Selon le pape, Dieu a désigné à l’avance, par ces paroles, Notre-Dame et Notre-Seigneur (« la femme » et sa « postérité »), et « nettement exprimé l’inimitié de Jésus et Marie contre Satan ». Pie IX précise : « La très Sainte Vierge, unie au Sauveur par un lien étroit et indissoluble, triompha pleinement du serpent, et de son pied immaculé lui écrasa la tête. » L’Immaculée Conception est une grande victoire contre le démon ; mais le pape rappelle que le combat de Notre-Seigneur contre Satan ne s’achève que par la victoire de la Croix, et il établit un parallèle entre la victoire de l’Immaculée Conception et celle de la Croix, laissant ainsi entendre que la Vierge Marie, restée « unie au Sauveur par un lien étroit et indissoluble » jusque sur le Calvaire, a participé à ce combat et à cette victoire ultimes.
 
  Vers la fin de son pontificat, Pie IX adresse une lettre élogieuse à l’auteur d’un livre sur Marie et le sacerdoce, qui expose clairement la doctrine de la Corédemption, par exemple dans ce bref paragraphe : « Tandis que l’Agneau sans tache s’immolait de plein gré pour le salut du monde, Marie le sacrifiait à la même fin. Elle exerçait avec lui le sacerdoce suprême ; elle rachetait avec lui tous les péchés du monde ; elle gagnait en quelque sorte avec lui le trésor infini de mérites qui satisfaisait à la justice divine. » Les mots « en quelque sorte » signifient que Notre-Seigneur et Notre-Dame ne méritent pas de la même façon : seul Jésus, étant l’Homme-Dieu, mérite en stricte justice, alors que le mérite de Marie, simple créature, est un mérite « de convenance » ; saint Pie X fera sienne, dans son encyclique mariale, cette distinction des théologiens.

  – Léon XIII, à la fin du 19e siècle, est connu comme « le pape du Rosaire », en raison de ses nombreuses encycliques sur ce thème. Dans l’une d’elles, le 8 septembre 1894, il explique que le Rosaire manifeste la médiation de Notre-Dame (médiation au sens large, ce qui inclut en fait la Corédemption), parce que dans cette prière « la part que la Vierge a prise au salut des hommes est comme rendue présente » (par l’évocation successive des quinze mystères, qui sont les mystères de notre salut, et qui sont des mystères de Jésus et de Marie). A propos des mystères douloureux, Léon XIII remarque que Notre-Dame n’était pas corporellement présente à Gethsémani et dans le prétoire, mais qu’elle était « spirituellement présente, puisque depuis longtemps elle connaissait ces événements tragiques ». Et il précise : depuis l’Annonciation et la Présentation : « Lorsqu’elle s’offrit à Dieu comme sa servante pour être sa Mère [premier mystère joyeux], et lorsqu’elle se consacra tout entière à lui dans le Temple avec son Fils [quatrième mystère joyeux], par l’un et l’autre de ces actes elle devint l’associée de son Fils dans sa laborieuse expiation pour le genre humain. » Le pape en arrive au cinquième mystère douloureux, où, cette fois, la Vierge Marie est physiquement présente : « Animée d’un désir de charité immense de nous recevoir comme ses enfants, elle offre elle-même son Fils à la justice divine. » C’est donc pour nous engendrer à la vie de la grâce qu’elle prend part au sacrifice du Sauveur : elle est bien notre Corédemptrice.

  Dans une autre encyclique, le pape appelle Notre-Dame « la réparatrice du monde entier » ; réparatrice est à peu près synonyme de Corédemptrice. Pendant son pontificat, Léon XIII approuve d’ailleurs une prière où l’on invoque Marie comme « Corédemptrice du monde ».

    Dans une lettre apostolique du 8 septembre 1901, Léon XIII affirme que « la Vierge a participé de concert avec son Fils à la rédemption du genre humain ». Elle n’a pas été simplement présente, mais elle a participé activement à l’œuvre de notre salut (non adfuit tantum, sed interfuit).

  Le pape nomme la très Sainte Vierge « la coopératrice de la Rédemption » ; coopératrice par ses souffrances : quand Jésus est mort sur la Croix, « elle est morte avec lui dans son cœur transpercé par le glaive de douleur ». Cette mort spirituelle unie à la mort physique de son Fils lui mérite le titre de « Reine des martyrs ». C’est en toute vérité que nous lui disons, à la fin de l’épître de Notre-Dame de Compassion : « Vous n’avez pas épargné votre vie pour votre peuple. »

  – Saint Pie X, au début du 20e siècle, explique dans sa belle encyclique mariale (2 février 1904) que Notre-Dame a d’abord préparé la victime (c’est l’Incarnation), puis a offert cette victime pour nous (c’est la Rédemption), et ainsi a été associée par son Fils à l’œuvre de notre salut (c’est la Corédemption). On peut donc bien l’appeler « la réparatrice de l’humanité déchue ». Il est intéressant de noter que, sous le pontificat de saint Pie X, le Saint-Siège publie trois décrets où la très Sainte Vierge est désignée comme « Corédemptrice ».

  Il nous restera à examiner l’enseignement des papes Benoît XV, Pie XI et Pie XII. Pendant ce mois de Marie, ayons à cœur d’honorer spécialement Marie Médiatrice (que nous fêterons vendredi prochain) et Marie Corédemptrice.