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Histoire Sainte - Monléon O.S.B. continuation des Tables des Matières...
Cinq Livres , 1440 pages pdf
http://oblaturesm.ca/pdf6/HistoireSainte.pdf[oblaturesm.ca/pdf6/Histoire Sainte pdf]
CHAPITRE 22 La mort de Saül (I ROIS, 31)........................................................ 158 pdf1018
LIVRE II
Le roi
CHAPITRE 1 Montes Gelboë (II ROIS, 1) ......................................................... 163 pdf1023
CHAPITRE 2 David, roi de Juda (II ROIS, 2).................................................... 170 pdf1030
CHAPITRE 3 La mort d’Abner (II ROIS, 3)....................................................... 175 pdf1035
CHAPITRE 4 L’assassinat d’Isboseth (II ROIS, 4) ............................................ 181 pdf1041
CHAPITRE 5 David roi d’Israël (II ROIS, 5) ..................................................... 185 pdf1045
CHAPITRE 6 Transfert de l’Arche chez Obédédom (II ROIS, 6)...................... 192 pdf1052
CHAPITRE 7 David veut bâtir un temple au Seigneur (II ROIS, 7) .................198 pdf1058
CHAPITRE 8 Affermissement du royaume (II ROIS, 8).................................. 202 pdf1062
CHAPITRE 9 David recueille Miphiboseth (II ROIS, 9) .................................. 207 pdf1067
CHAPITRE 10 Injure du roi des Ammonites envers David (II ROIS, 10) ......... 209 pdf1069
CHAPITRE 11 Cave mulierem (II ROIS, 11) ....................................................... 213 pdf1073
CHAPITRE 12 C’est toi qui es cet homme ! (II ROIS, 12) .................................. 223 pdf1083
CHAPITRE 13 La prise de Rabath (II ROIS, 12) ................................................ 229 pdf1089
CHAPITRE 14 Thamar (II ROIS, 13) ................................................................... 231 pdf1091
CHAPITRE 15 La veuve de Thécua (II ROIS, 14) ............................................... 236 pdf1096
CHAPITRE 16 La révolte d’Absalon (II ROIS, 14 – 15)...................................... 240 pdf1100
CHAPITRE 17 Absalon entre à Jérusalem (II ROIS, 16) ................................... 248 pdf1108
CHAPITRE 18 Achitopel se pend (II ROIS, 17) .................................................. 253 pdf1113
CHAPITRE 19 La mort d’Absalon (II ROIS, 18)..................................................257 pdf1117
CHAPITRE 20 David reprend le pouvoir (II ROIS, 19) ...................................... 264 pdf1124
CHAPITRE 21 Révolte de Séba, et meurtre d’Amasa (II ROIS, 20) .................. 270 pdf1130
CHAPITRE 22 Les fils de Saül et les Gabaonites (II ROIS, 21) .......................... 274 pdf1134
CHAPITRE 23 L’ordre des Trente-sept (II ROIS, 22 – 23)................................ 278 pdf1138
CHAPITRE 24 Le dénombrement d’Israël (II ROIS, 24) ................................... 284 pdf1144
CHAPITRE 25 Abisag (III ROIS, 1) ..................................................................... 289 pdf1149
CHAPITRE 26 Mort de David (I PARALIP., 23 et 28 – 29) ................................ 293 pdf1153
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LIVRE I
Vie du prophète Daniel
Avant-Propos..................................................................................................4 pdf1164
CHAPITRE 1 Le départ pour l’exil (1, 1-21) .................................................. 15 pdf1175
CHAPITRE 2 L’histoire de Suzanne (13, 1-64) ............................................. 23 pdf1183
CHAPITRE 3 La statue aux pieds d’argile (2, 1-49) ...................................... 34 pdf1194
CHAPITRE 4 Les trois hébreux dans la fournaise (3, 1-97) ........................... 52 pdf1212
CHAPITRE 5 Où Nabuchodonosor se voit changé en bœuf (4, 1-34) ............. 66 pdf1226
CHAPITRE 6 Le festin de Balthazar (5, 1-31) ............................................... 78 pdf1238
CHAPITRE 7 La fosse aux lions (6 et 14) .................................................... 90 pdf1250
CHAPITRE 8 Bel et le Dragon (14, 1-42) .................................................... 100 pdf1260
CHAPITRE 9 Digression sur les monstres inconnus ................................... 109 pdf1269
LIVRE II
Visions du prophète Daniel
CHAPITRE 1 Première vision : Les quatre animaux (7, 1-8) ........................ 116 pdf1276
CHAPITRE 2 L’Ancien des jours et le jugement des Bêtes (7, 9-28) ............ 126 pdf1286
CHAPITRE 3 Deuxième vision : le Bélier et le Bouc (8, 1-27) ..................... 132 pdf1292
CHAPITRE 4 Troisième vision : les soixante-dix semaines (9, 1-27) ........... 140 pdf1300
CHAPITRE 5 Quatrième vision : l’Homme vêtu de lin (10, 1 – 11, 20) ......... 148 pdf1308
CHAPITRE 6 Ultime tribulation et victoire finale du Christ (11, 21 – 12, 3) .....152 pdf1312
CHAPITRE 7 Conclusion (12, 4-13)........................................................... 158 pdf1318
LIVRE III
Le prophète Jonas
PRÉFACE Ou « Critique de la critique » ..................................................... 163 pdf1323
CHAPITRE 1 Une désobéissance chèrement payée (JON., 1) ......................... 181 pdf1341
CHAPITRE 2 Ce que faisait Jonas dans le ventre du poisson (JON., 2).......... 195 pdf1355
CHAPITRE 3 La pénitence des Ninivites (JON., 3) ..........................................201 pdf1361
CHAPITRE 4 Une prophétie qui fait long feu (JON. 4) .................................. 206 pdf1366
POSTFACE Ou suite de la « Critique de la critique » ................................... 215 pdf1375
Extrait:
160 LES PATRIARCHES — ISAAC ET JACOB
qu’Isaac, rempli d’admiration, déclara qu’il ne pouvait rien changer à ce qu’il avait fait : Je l’ai béni et il sera béni 5.
Ésaü, en entendant ces paroles, poussa, dit l’Écriture, un rugissement de fureur et laissa éclater son indignation. Puis, consterné, fondant en larmes 6, il dit : « Bénissez-moi aussi, mon père ». « Ton frère est venu subrepticement, lui répondit Isaac, et il a reçu la bénédiction qui t’était due ». On dirait qu’il s’excuse, dit saint jean Chrysostome, qu’il veut se justifier devant son fils : c’est qu’il était évidemment bien embarrassé pour expliquer ce qu’il avait fait à un être aussi dénué de
sens surnaturel que l’était Ésaü.
Commentaire moral et mystique
Que faut-il penser du stratagème employé par Rébecca et de la réponse faite par Jacob à son père : Je suis Ésaü ? Si nous sortons du climat de haute piété et de la lumière prophétique où s’est déroulée toute cette scène, il est évident que nous pouvons accuser la mère de s’être livrée à une supercherie peu honorable pour avantager son fils préféré, et parler du mensonge de Jacob comme d’une chose tellement évidente qu’on ne saurait la discuter.
Mais il faut nous souvenir toujours que l’Écriture Sainte est un livre rempli de mystères et de symboles. Ceux qui prétendent l’expliquer selon la lumière de leur propre intelligence tombent dans un abîme d’erreurs, dit saint Bonaventure 7. Nous ne pouvons l’entendre qu’en nous mettant à l’école des Pères de l’Église, et en écoutant docilement leurs leçons. Or, sur ce point, leur enseignement est unanime et formel.
La sainteté des personnages en cause, l’importance que les patriarches attachent à la transmission de cette bénédiction dont dépend la venue du Messie, ne nous permettent pas de considérer cet événement comme une anecdote
banale de Bédouins grossiers et roublards. Il est évident, d’abord, que si Jacob avait soustrait par ruse la bénédiction de son père, celle-ci n’aurait eu aucune valeur. C’est un axiome de droit universel que « l’erreur sur la personne invalide les contrats ». Dès qu’Isaac aurait entendu les réclamations d’Ésaü, il n’aurait pas manqué de s’étonner qu’on ait prétendu se jouer de lui dans une affaire aussi grave, et de punir l’imposteur en rétablissant l’aîné dans ses droits. Si, de nos jours, il arrivait qu’un homme sur le point de mourir appelât le plus âgé de ses fils pour lui remettre les souvenirs précieux de la famille, et
qu’un autre de ses enfants, profitant de la myopie du moribond, se substituât au premier, il est de toute évidence que l’intrus n’aurait aucun droit sur les objets ainsi tombés entre ses mains. Si, au cours d’une cérémonie destinée à établir dans sa charge un dignitaire de l’Église : un chanoine, un curé ou un supérieur religieux par exemple, un autre ecclésiastique, profitant de l’absence fortuite
5 Cf. Quaest. LXXX, in Heptat. Pat. lat, t. XXXIV, col. 569 ; et De Civitate Dei, l. XVI, ch.
XXXVII.
6 Heb., XII, 17.
7 « Qui secundum lumen intelligentiae suae Scripturam Sacram indagant incidunt in abyssum
errorum ». In Hexamer., sermon III.
CHAPITRE 6 – OÙ ÉSAÜ N’EST PAS CONTENT 161
du titulaire trouvait le moyen de se faufiler à sa place pour recevoir une investiture qui ne lui est pas destinée, personne n’osera soutenir qu’il est devenu validement de ce chef, chanoine, curé ou supérieur, et que les témoins n’ont plus qu’à s’incliner devant le fait accompli. Il y a là un principe de morale tellement élémentaire, qu’on le trouverait en vigueur même chez les peuples sauvages, et c’est vraiment pousser un peu loin l’idée de « conscience crépusculaire » chez les patriarches que de croire qu’ils ont pu l’ignorer.
C’est en outre se méprendre étrangement sur la manière dont Dieu exerce la justice, que d’admettre qu’il ait pu ratifier un acte aussi déloyal, en consacrant le trompeur dans son majorat mal acquis, et, bien plus ! en le gratifiant presque aussitôt après d’une faveur insigne : la vision de l’échelle ! C’est enfin faire une injure gratuite à Rébecca et à Jacob que de les croire capables d’une telle supercherie. Nous avons dit déjà la sainteté de Rébecca.
Ce n’est pas sans raison que l’Église, aujourd’hui encore, dans la liturgie du mariage, donne en exemple aux épouses chrétiennes la sagesse de cette femme 8. Que penserions-nous d’une personne qui profiterait de la cécité de son mari pour se jouer de lui, dans des conditions semblables ? On remarquera que, contrairement à ce que firent les autres patriarches, Abraham et Jacob en particulier, Isaac n’eut qu’une seule épouse. C’est, dit-on, que, du sacrifice où il tint le rôle du Christ, acceptant de mourir par obéissance à son père, il avait reçu une sorte de consécration qui l’apparentait plus étroitement que les autres au Nouveau Testament, et qui l’obligeait à garder plus strictement la chasteté conjugale. Par son union avec la seule Rébecca, il figure le Christ, Époux, lui aussi, d’une seule Épouse, l’Église 9.
Quant à Jacob, les textes sont innombrables dans l’Écriture qui proclament sa haute valeur morale et le crédit dont il jouit auprès de Dieu. Citons seulement, à titre d’exemple, ce passage de Daniel qui vaut bien une bulle de canonisation : Ne nous retirez pas votre miséricorde à cause d’Abraham, votre bien-aimé, d’Isaac, votre serviteur, et de Jacob, votre saint 10.
Ces raisons, et celles qui viendront encore, empêchent d’accepter un instant l’idée que Rébecca et Jacob aient pu faire ce qu’ils ont fait sous l’inspiration de sentiments humains. La seule explication de leur stratagème – et c’est là l’opinion unanime, des Pères – est qu’ils ont été conduits par l’action du Saint-Esprit. Les gestes auxquels ils se sont livrés avaient une valeur symbolique, comme plus tard ceux des prophètes qui, réduits à leur sens littéral, paraîtraient ridicules ou insensés : celui de Jérémie, par exemple, quand il raconte gravement qu’il mit une ceinture de lin, la porta durant des mois sans la
laver, et alla la cacher ensuite dans le creux d’un rocher, sur les bords de l’Euphrate, où il la retrouva pourrie longtemps après 11 ; ou celui d’Ézéchiel, quand il se couche trois cent quatre-vingt-dix jours sur le côté gauche, et quarante jours sur le côté droit ; quand il se rase les cheveux et la barbe avec une
8 En unissant la nouvelle mariée, le prêtre dit : « Fidelis et casta nubat in Christo, imitatrixque sanctarum permaneat feminarum ; sit amabilis viro suo, ut Rachel ; sapiens, ut Rebecca ; longae-
va et fidelis, ut Sara ».
9 Cf Hier., In Isaiam, l. XVII, ch. LXIII. Pat. lat., t. XXIV, col. 642.
10 III, 35.
11 XIII, 1-7.
162 LES PATRIARCHES — ISAAC ET JACOB
épée, etc. 12. On conçoit sans peine qu’il serait absurde de vouloir réduire ces manifestations à des pratiques d’hygiène. Pour en comprendre la signification véritable, il faut de toute évidence monter sur le plan supérieur, sur celui du sens spirituel. Il en va de même pour la bénédiction de Jacob.
Cependant, dira-t-on, déclarer en propres ternes : Je suis Ésaü : quand on s’appelle Jacob, n’est-ce pas là malgré toutes les explications possibles, un mensonge formel, patent, indéniable ? Remarquons que s’il y avait eu réellement un mensonge, les Pères et les Docteurs de l’Église n’auraient fait sans doute aucune difficulté de le reconnaître : ils admettent bien, par exemple, tout en les excusant, que les sages-femmes, dans l’Exode, ont menti pour sauver les petits Hébreux 13, et de même Rahab, au Livre de Josué, pour cacher les envoyés des Juifs 14. Il ne faudrait pas croire non plus que les Pères ont cherché par principe à innocenter Jacob ; ils n’hésitent pas, ailleurs par exemple, à lui reprocher d’avoir eu pour Rachel une préférence d’ordre trop naturel : « Jacob, dit saint Bonaventure, aima Rachel, parce qu’elle était belle de visage et charmante à re-
garder. Si l’on dit qu’en cela, il pécha véniellement, c’est assez probable » 15. Au contraire, ils écartent absolument l’hypothèse d’une faute dans le cas présent.
L’Écriture, dit saint Augustin, a eu soin de nous avertir que Jacob était un homme simple, c’est-à-dire : sans artifice (????????). Quelle put être, en recevant cette bénédiction, la ruse de cet homme sans ruse, l’artifice de cet homme
simple, la feinte de cet homme incapable de feindre, sinon un très profond mystère de vérité 16 ?
Si Jacob a menti en répondant : Je suis Ésaü, comment qualifierons nous l’affirmation de Notre-Seigneur disant de saint Jean-Baptiste : C’est lui qui est Élie 17 ? Car enfin, le Baptiste n’était pas Élie, nous le savons avec une certitude
absolue. Lui-même l’a déclaré de façon péremptoire lorsque la question lui fut posée publiquement par les envoyés officiels du Sanhédrin : Es-tu Élie ? lui demandèrent-ils. Et il répondit : Je ne le suis pas 18. La déclaration de Jésus et celle de son précurseur sont manifestement contradictoires et inconciliables, si l’on s’en tient à la lettre du texte. Pour les accorder, il faut comprendre qu’elles ne se situent pas sur le même plan. Saint Jean parle au sens littéral ; et il répond qu’il n’est pas Elie, parce que de fait, en chair et en os, il ne l’était pas : le prophète du Carmel et lui sont très certainement deux personnalités
distinctes. Notre-Seigneur au contraire parle au sens allégorique.
Le prophète Malachie avait annoncé que le jour du Seigneur serait précédé de la venue d’Elie 19. Les Juifs, incapables de s’élever au-dessus du sens littéral de l’Écriture, avaient conclu de là que, peu avant l’avènement du Messie, on verrait réapparaître l’ardent prédicateur enlevé jadis dans un char de feu, mais que l’on disait n’être point mort. Le Sauveur, pour remettre ses interlocuteurs
12 IV, 4-6 ; V, 1.
13 I, 19.
14 II, 4.
15 Saint Bonaventure, Sent., lib. IV, dist. XXX, dub. 6. « Jacob Rachel decoram facie et venusto
aspectu amavit... Si quis dicat, quod ibi venialiter peccaverit, non est multum improbabile ».
16 Cité de Dieu, l. XVI, ch. XXXVII.
17 Mt., XI, 14. Ipse est Elias.
18 Jo., I, 21.
19 IV, 5.
CHAPITRE 6 – OÙ ÉSAÜ N’EST PAS CONTENT 163
dans la vérité, leur explique donc en leur montrant son précurseur : C’est celui-là qui est Élie, c’est-à-dire : « L’homme que vous attendez sous le nom d’Élie, vous l’avez là devant vous. Par son zèle, par sa vertu, par son austérité, Jean ressemble tellement à ce prophète, il en a tellement l’esprit qu’on peut l’appeler en vérité un nouvel Élie ». Et pour éviter toute méprise, pour bien faire comprendre qu’il parle ici en un sens figuré, le divin Maître a soin d’encadrer cette affirmation de deux avertissements : Si vous voulez le comprendre, dit-il d’abord. Puis il ajoute : Que celui qui a des oreilles entende. Les
oreilles auxquelles il fait allusion ici, ce ne sont pas celles qui sont fixées à notre tête et qui perçoivent les ondes sonores ; ce sont celles du cœur, qui nous permettent de saisir les vérités de la foi. Sans elles, il est impossible de comprendre l’attitude de Jacob dans la scène que nous étudions. Avec elles, tout s’éclaire. À son père, qui cherchait l’héritier auquel il devait transmettre la bénédiction d’Abraham, le jeune homme répondait, les yeux fixés sur la Volonté divine : « Celui que vous désirez, celui que vous devez bénir, parce qu’il est l’Ésaü légitime aux yeux de Dieu, c’est moi ».
Tel est le sens dans lequel la Tradition catholique a toujours entendu cet épisode. C’est bien en vain que l’on chercherait une voix discordante. Tous les Pères, tous les Docteurs qui ont commenté ce passage sont unanimes à laver Jacob de l’accusation de mensonge ; à affirmer qu’il a agi sous l’action du Saint Esprit et accompli, non un acte frauduleux, mais un geste prophétique, qu’il n’eut jamais l’intention de tromper son père 20. Or, toute la valeur morale d’un acte dépend de l’intention qui le dirige : là, où il n’y a pas intention de tromper, il n’y a pas de mensonge ; de même que là où il n’y a pas intention de tuer, il n’y a pas d’homicide. Le seul dessein de Jacob, sa seule préoccupation dans cette scène était d’accomplir la volonté de Dieu. Il connaissait la prophétie qui le concernait ; il savait qu’il devait, dans les décrets divins, supplanter son
frère. Placé sur le plan de cette certitude surnaturelle, il pouvait, il devait dire en toute vérité : « C’est moi qui suis l’aîné ». N’oublions pas que toutes les créatures possèdent l’être dans l’intelligence divine, avant de le posséder dans la création ; elles-sont en Dieu avant d’être dans le monde sensible. En Dieu, Jacob était Ésaü, parce que Dieu l’avait décidé ainsi, parce qu’il avait transféré sur lui les privilèges de son frère.
Au surplus, si l’on veut à toute force qu’il y ait un mensonge, disons alors que ce fut un mensonge comme celui que fit Notre-Seigneur lui-même, quand, au jardin de l’Agonie, il se présenta à son Père, chargé de tous les péchés du genre humain ; quand, par la bouche du psalmiste, il a parlé de « ses » péchés, et quand, selon l’Apôtre, il s’est fait péché pour le salut du monde 21. Car c’est bien là, au sens allégorique, ce que signifie Jacob se couvrant de poils qui ne sont pas à lui, pour se donner l’apparence d’Ésaü.
20 Bornons-nous à citer deux témoignages, qui résument tous les autres : celui de saint Thomas dans la Somme, IIa IIae, qu. CX, a. 10, ad 3 ; et celui de saint Bonaventure, dans son Commentaire sur le IIIe Livre des Sentences, dist. 38, dub. 4. – Cornelius a Lapide a nommé, il est vrai, saint Jean Chrysostome comme ayant admis le mensonge de Jacob. Mais l’éminent jésuite s’est manifestement laissé abuser par les mots. Si « la Bouche d’or » a employé le mot de [ap??t?] pour désigner l’acte de Jacob, il suffit de lire le contexte (Hom. LIII, 2) pour voir qu’il pense exactement comme saint Augustin et les autres Docteurs ; qu’à ses yeux, c’est l’intention qui fait toute la valeur d’une action ; que celle de Jacob
fut absolument pure, et que, si on le traite de menteur, il faut appeler homicides Abraham et Phinées.
21 Ps. XXI, 1 ; II Cor., V, 21.
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